Editorial du numéro 27 de La pensée de midi, "L’Iran, derrière le miroir".
Un rêve méditerranéen… C’est toujours avec les utopies de la veille que se préparent les vérités du lendemain. Gabriel Audisio. Ce sont ces mots que l’ami Emile Temime, membre fondateur de La pensée de midi qui vient de nous quitter et qui nous laisse ainsi troués, avait choisi comme exergue de son livre, Un rêve méditerranéen .

Un beau livre d’histoire des idées, que j’avais eu l’honneur d’éditer, qui fait le lien entre l’utopie méditerranéenne des saint-simoniens, au xixe siècle – regard visionnaire qui voit dans la Méditerranée le lieu d’une possible réconciliation entre l’Orient et l’Occident – et la génération des années trente, autour des Cahiers du Sud, de Marseille et d’Alger, de Ballard, d’Audisio ou de Brauquier, de Guibert, d’Amrouche ou de Camus, génération qui tente de donner au rêve méditerranéen un peu plus que l’étoffe d’un songe… Toute une intensité littéraire et une vivacité intellectuelle naissent de ce rêve persistant, de ce refus de voir la guerre coloniale instaurer sa suprématie et imposer le mépris. Les “vraies richesses” sont là, selon le nom si juste de la librairie-maison d’édition d’Edmond Charlot, le premier éditeur d’Albert Camus. Une “Jeunesse de la Méditerranée” prend forme, une genèse d’un autre rapport au monde s’invente, alliage singulier entre les cultures que les déchirures politiques du Maghreb aux prises avec la contestation coloniale vont peu à peu défaire dans la violence. Emile Temime, en historien inspiré, raconte ce rêve méditerranéen toujours recommencé, qui va cependant se fracasser sur les âpres réalités de la guerre d’Algérie. La répression massive des “musulmans” algériens à Sétif en mai 1945 signe ce que Temime appelle “l’irréparable”.
Ce rêve méditerranéen restera-t-il sans lendemain ?
En vieux sage inspiré, Emile Temime, piéton de Marseille à l’air volontiers léonin, concluait ainsi son livre : “Il faudra sans doute attendre bien des années pour que se réalisent les souhaits d’Audisio. Il faudra des années pour que puisse à nouveau être entreprise la grande réconciliation entre l’Orient et l’Occident, pour que se rouvrent librement aux hommes les routes terrestres ou maritimes, pour que s’abaissent enfin les barrières, matérielles et mentales, qui séparent les hommes, pour que se referment, comme l’avaient souhaité les intellectuels des années trente, les portes de la guerre, pour que la Méditerranée, enfin, s’éveille à une nouvelle jeunesse. Il me semble d’autant plus nécessaire de redire, encore et toujours, certaines vérités, de rejeter les falsifications de l’histoire, quels qu’en soient les auteurs, de refuser avec Audisio, « la bêtise monstrueuse », qui conduit à la mort.”
Les portes de la guerre sont à nouveau ouvertes aujourd’hui, le désir de confrontation entre l’Europe et l’Islam est là et bien là, la colère monte et les incompréhensions s’accumulent.
Le rêve méditerranéen pourrait se transformer en cauchemar si rien de significatif n’est entrepris. L’Union pour la Méditerranée, lancée en fanfare par Nicolas Sarkozy en juillet 2008 à Paris, et relancée en novembre 2008 à Marseille par une Conférence des ministres des Affaires étrangères, est-elle à la hauteur des enjeux et peut-elle répondre aux attentes et aux espoirs ? Il suffit de découvrir le texte insipide de la déclaration de Marseille pour s’en convaincre, le rêve méditerranéen a été peint en gris et recouvert de cendres. Il est bien difficile d’imaginer que quelque chose de significatif puisse naître à partir de là.
A quand un véritable sursaut pour inventer l’avenir, entre Europe et Méditerranée ?
Il est décidément plus nécessaire que jamais de lire et de relire Emile Temime, à la recherche d’un nouvel élan…
Thierry Fabre

16 septembre 2010
Rencontre autour de l’histoire et l’actualité de La pensée de midi, avec Renaud Ego.
Pour tout renseignement : http://www.marinacafenoir.it/
Table ronde avec Suzy Felix, ethnomusicologue et musicienne ; Zad Moultaka, compositeur ; Felix Jousserand, slameur. Animée par Catherine Peillon, auteur et éditeur.
La joute orale improvisée est un art pratiqué depuis des décennies dans de nombreuses sociétés : payadas en Argentine, décimas à Cuba, ou encore zajal au Liban. Cet art de « l’affrontement poétique » est depuis le Moyen-Âge un art en mouvement qui perdure par-delà les époques et les cultures. Lors de cette table ronde, trois personnes d’univers différents vont apporter leur regard sur cette tradition toujours d’actualité. Qu’est-ce qu’une joute ? Quel est son rôle ? Dans quelles circonstances ont-elles lieu ? Quel rôle tient le public ? …
> Mercredi 22 septembre à 19h, Maison des Cultures du Monde, 101 Bd Raspail, Paris 6e
Entrée libre, réservation obligatoire au 01 58 71 01 01
En collaboration avec la Maison des Cultures du Monde
Les chants d’Orphée. Musique et poésie. Sous la direction de Catherine Peillon. (La pensée de midi N° 2 !, Actes Sud, 2009).
Dans cet ouvrage, Suzy Felix nous a livré un texte sur les joutes oratoires libanaises, et un entretien a été réalisé par Catherine Peillon avec Félix Jousserand, un autre avec Zad Moultaka.
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"De l’humain. Nature et artifices", numéro 30 de La pensée de midi, un dossier dirigé par Raphaël Liogier.
Il est souvent bien difficile de deviner l’âge de certaines vedettes au visage remodelé au Botox, qu’en sera-t-il demain lorsque ces transformations ne seront plus seulement esthétiques, mais s’appliqueront au corps entier, à sa sélection et son amélioration, lorsqu’une prothèse de bras branchée sur le système nerveux sera plus agile que le membre de chair et d’os ? Faudra-t-il préférer l’artificiel au naturel ? Quel serait le devenir d’une telle entité livrée à l’industrie médicale, aux biotechnologies, aux nanotechnologies, et qui vivrait, en outre, non seulement sur le plancher des vaches, mais dans des espaces virtuels informatisés ? Un homme techniquement rectifié jusqu’à l’immortalité, tel que l’attendent les transhumanistes, qui ne sont pas de vulgaires illuminés mais de très sérieux chercheurs. Un tel homme serait-il encore humain ? Au-delà des peurs absurdes et du refus de la science, comment penser la mesure dans un monde qui semble irrésistiblement emporté par la démesure ? Cet animal machine dénué de toute fragilité, produit sophistiqué promis par la science, saura-t-il encore éprouver des sentiments comme l’amour, saura-t-il apprécier la convivialité, le plaisir d’être ensemble ?
Ce numéro a été coordonné par Raphaël Liogier, sociologue et philosophe, et directeur de l’Observatoire du religieux (Cherpa) à l’institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. Avec des textes de Raphaël Liogier, de Jean-Gabriel Ganascia, de Bernard Andrieu, de Jean-Didier Vincent, de Pierre Le Coz, de Raphaël Draï, de Tenzin Robert Thurman, de Jean-Michel Besnier, de Maurice Bloch, de Michel Terestchenko, de Jean-François Mattéi.
La pensée de midi 142, la Canebière 13001 Marseille -France- Tél : 33 (0)4 96 12 43 19 Fax : 33 (0)4 96 12 43 20