Revue littéraire et de débats d’idées (Des Sud/Actes Sud)



Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture ?



On nous parle de théâtre, de danse, de musique, bref de création contemporaine, de l’intérêt – vital ! – en cette période de crise financière de revenir à l’échange d’idées, à cette dimension immatérielle mais nécessaire que l’on appelle la culture. On nous dit qu’il faut reconstruire un espace public de partage des pensées, des expressions, des identités et des modes de vie, en ces temps de fracture entre les riches et les pauvres, les exclus et les inclus, les minorités et la majorité, les centre villes et les banlieues. On chante simultanément les bienfaits de l’esprit méditerranéen, berceau non seulement de la civilisation mais de notre avenir, source du Gai Savoir et de savoir vivre, au point que l’Union pour la Méditerranée, politiquement et économiquement essoufflée (voire moribonde), semble se ranimer au feu de la culture : ne vient-on pas de lui confectionner un Conseil Culturel ayant pour ambition de transformer les bonnes volontés en actions réelles.

En dépit de ces chants et enchantements, 2009 serait aussi l’année d’un cruel désenchantement culturel au sein de la cité phocéenne, le moment de la honte, où l’on retirerait toutes ces subventions, jusqu’au dernier centime, à ce lieu mythique pour tous les marseillais, et célèbre internationalement, qu’est le Théâtre Toursky ? Cette scène, fondée et maintenue en vie grâce à l’obstination de Richard Martin depuis près de 40 ans, est devenu l’emblème de l’alliance possible entre Marseille et la culture ; de la culture sous toutes ses formes, allant de la musique en passant bien sûr par le théâtre, jusqu’aux débats citoyens, permettant la rencontre, au milieu des célèbres quartiers nord, des identités méditerranéennes dans un esprit de convivialité inimitable. Au fil des ans, l’endroit a su construire son originalité, sa beauté. Planté près de l’autoroute, en plein milieu d’une banlieue dite difficile, surgit cet espace d’art, de création, de sociabilité, de formation même puisque s’y tiennent des séminaires, colloques, conférences sur le dialogue des religions, des civilisations et des philosophies. A elle seule cette agora, ferment de paix civile, est le théâtre d’une politique culturelle, sociale, universitaire même, et aussi de ce que l’on appelle la politique de la ville, autrement dit, de cette politique sensée combattre les exclusions qui rongent nos mondes urbains.

L’aide de l’Etat avait déjà été rognée progressivement depuis plusieurs années, sous d’obscurs prétextes, par exemple parce qu’il s’agirait d’un théâtre « généraliste » (non seulement on ne voit pas ce que cela signifie, mais en plus on ne voit pas très bien le rapport !). Une si rare réussite culturelle, qui germa d’un pari fou, va-t-elle être anéantie, arbitrairement, administrativement, sans que l’on sache pourquoi ? Malgré les protestations, les suppliques, et une pétition de 85000 signatures, l’Etat fait le mort. Et voici que le vieil ami de Léo Férré, initiateur d’une des plus extraordinaire expérience culturelle de ces cinquante dernières années, en est réduit pour ne pas laisser asphyxier son théâtre à entamer une grève de la faim. Rappelons encore que tout cela se déroule (sans rire, car l’on devrait plutôt en pleurer) dans la future capitale européenne de la culture ! N’y a-t-il pas là quelque chose de franchement grotesque, voire d’impudique.

Raphaël LIOGIER, Sociologue et philosophe, Professeur des universités, IEP d’Aix-en-Provence, et … membre du Think Tank du Conseil Culturel de l’Union pour la Méditerranée


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Les événements

Consultez les articles de La pensée de midi sur le site CAIRN.

DANS LE CADRE DU FESTIVAL ILE DE FRANCE 2010

Table ronde avec Suzy Felix, ethnomusicologue et musicienne ; Zad Moultaka, compositeur ; Felix Jousserand, slameur. Animée par Catherine Peillon, auteur et éditeur.

La joute orale improvisée est un art pratiqué depuis des décennies dans de nombreuses sociétés : payadas en Argentine, décimas à Cuba, ou encore zajal au Liban. Cet art de « l’affrontement poétique » est depuis le Moyen-Âge un art en mouvement qui perdure par-delà les époques et les cultures. Lors de cette table ronde, trois personnes d’univers différents vont apporter leur regard sur cette tradition toujours d’actualité. Qu’est-ce qu’une joute ? Quel est son rôle ? Dans quelles circonstances ont-elles lieu ? Quel rôle tient le public ? …

> Mercredi 22 septembre à 19h, Maison des Cultures du Monde, 101 Bd Raspail, Paris 6e

Entrée libre, réservation obligatoire au 01 58 71 01 01

En collaboration avec la Maison des Cultures du Monde

CONCERT ASSOCIE

Zajal - opéra arabe - Zad Moultaka. Ensemble Ars Nova. Fadia Tomb el-Hage. samedi 25 septembre 2010 à 20h45 , Manufacture des Oeillets, Ivry-sur-Seine (94)

A lire ou relire à cette occasion :

Les chants d’Orphée. Musique et poésie. Sous la direction de Catherine Peillon. (La pensée de midi N° 2 !, Actes Sud, 2009).

Dans cet ouvrage, Suzy Felix nous a livré un texte sur les joutes oratoires libanaises, et un entretien a été réalisé par Catherine Peillon avec Félix Jousserand, un autre avec Zad Moultaka.

Consulter l’ensemble du sommaire ICI

PARUTION MARS 2010

"De l’humain. Nature et artifices", numéro 30 de La pensée de midi, un dossier dirigé par Raphaël Liogier.

Il est souvent bien difficile de deviner l’âge de certaines vedettes au visage remodelé au Botox, qu’en sera-t-il demain lorsque ces transformations ne seront plus seulement esthétiques, mais s’appliqueront au corps entier, à sa sélection et son amélioration, lorsqu’une prothèse de bras branchée sur le système nerveux sera plus agile que le membre de chair et d’os ? Faudra-t-il préférer l’artificiel au naturel ? Quel serait le devenir d’une telle entité livrée à l’industrie médicale, aux biotechnologies, aux nanotechnologies, et qui vivrait, en outre, non seulement sur le plancher des vaches, mais dans des espaces virtuels informatisés ? Un homme techniquement rectifié jusqu’à l’immortalité, tel que l’attendent les transhumanistes, qui ne sont pas de vulgaires illuminés mais de très sérieux chercheurs. Un tel homme serait-il encore humain ? Au-delà des peurs absurdes et du refus de la science, comment penser la mesure dans un monde qui semble irrésistiblement emporté par la démesure ? Cet animal machine dénué de toute fragilité, produit sophistiqué promis par la science, saura-t-il encore éprouver des sentiments comme l’amour, saura-t-il apprécier la convivialité, le plaisir d’être ensemble ?

Ce numéro a été coordonné par Raphaël Liogier, sociologue et philosophe, et directeur de l’Observatoire du religieux (Cherpa) à l’institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. Avec des textes de Raphaël Liogier, de Jean-Gabriel Ganascia, de Bernard Andrieu, de Jean-Didier Vincent, de Pierre Le Coz, de Raphaël Draï, de Tenzin Robert Thurman, de Jean-Michel Besnier, de Maurice Bloch, de Michel Terestchenko, de Jean-François Mattéi.




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